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MORGANE QUILICHINI mquilichini@corsematin.com 

Dans leur maison de Sermanu, Laurence et son compagnon ont dédié une pièce à leur passion. Un bon moyen de s'entraîner toute l'année et par tous les temps. 

Laurence Guyon.- D'une passion née dans l'enfance, elle a fait une carrière qui a débouché sur un titre de vice-championne du monde. A Sermanu, elle a trouvé son équilibre et un art de vivre à nul autre pareil

Dans sa vie, Laurence Guyon a sans doute passé plus de temps suspendue à la verticale que sur le plancher des vaches.

Éternelle grimpeuse, elle a poussé sa passion jusqu'aux plus hautes sphères et sans cesse repoussé ses limites.

Pour cette Auvergnate née à Clermont-Ferrand, grimper a toujours été une seconde nature : "J'ai commencé quand j'avais 12 ans, c'est quelque chose qui m'a toujours attirée. Petite, j'empruntais à la bibliothèque des livres sur la montagne, ce qui étonnait beaucoup mes parents." Amateurs de randonnée, ces derniers aiment passer leurs vacances du côté de Chamonix. "Je les tannais tellement pour faire de l'escalade, qu'ils ont fini par m'inscrire dans une école. À la même époque, mon oncle a découvert la discipline et a pu m'emmener avec lui." Une passion qui s'en tient encore aux loisirs. Mais pas pour longtemps.

En 1988, Laurence entame des études à Clermont-Ferrand. Un cursus au long cours qui la conduira d'une prépa Hypokhâgne-Khâgne, jusqu'à un doctorat sur Blaise Cendrars et le mysticisme dont il imprégnait ses textes. "J'avais passé un bac plutôt scientifique et mes parents me voyaient bien m'orienter vers le commerce, ce qui ne m'emballait pas ! Je n'avais pas vraiment de projet professionnel défini au début et j'ai un peu choisi les lettres pour suivre le mouvement de mes amis. En revanche, j'avais trouvé un mur d'escalade au Suaps où j'allais souvent."

1995, "une année phénoménale"

C'est là que la passion commence à empiéter sur le reste. À cette époque, Olivier qui n'est pas encore son compagnon mais déjà un ami, l'aide "à construire un mur dans le studio où je vivais. C'est ce que faisaient tous les amateurs d'escalade".

En 1992, on arrête de parler loisirs : "J'entre en équipe de France. Je fais une ou deux compétitions et à la troisième, je monte sur le podium. C'était un peu un hold-up et une très bonne année pour moi, puisque je termine troisième aux championnats d'Europe." Sélectionnée au pôle France, Laurence se retrouve à Aix-en-Provence où elle poursuit ses études en parallèle. Après cette première année dans le circuit, elle passe par une petite période de creux : "Je progressais, mais je ne parvenais pas à concrétiser en compétition. J'ai alors commencé une préparation mentale avec de la neurolinguistique et de la visualisation mentale. En fait, je me suis constitué une batterie d'outils." Et ça fonctionne. 1995, "une année phénoménale". Laurence remporte trois manches de coupe du monde, deux masters et devient vice-championne du monde à Genève. "Ça a été ma plus belle année." Et déjà, elle entrevoit la fin de sa carrière en compétition : "Je sentais une certaine usure et j'avais de plus en plus envie de faire de la falaise. Olivier mon compagnon grimpait en extérieur et c'était une dimension de la discipline qui me manquait." En 1997, elle arrête.

Un an plus tard, elle débarque en Corse. "Olivier avait obtenu un poste d'enseignant à l'université de Corte et nous sommes arrivés en été pour chercher un logement." Elle se souvient avoir assisté à la finale de la Coupe du monde de foot depuis Calvi.

Elle se rappelle aussi leurs recherches dans les villages du Centre Corse : "On découvrait la région, on demandait aux gens et on n'arrivait jamais à boucler notre programme de la journée ! Il y avait toujours quelqu'un pour nous inviter à boire le café, l'apéro ou à déjeuner !" Ils trouvent finalement leur bonheur à Sermanu, où ils vivent depuis.

2013, La Fabrique Verticale

2003, Laurence soutient sa thèse et s'interroge sur la possibilité de postuler à l'université. "Le problème, c'est qu'il y avait peu d'opportunités à Corte et je ne voulais pas repartir. J'ai alors appris que la revue Escalade Mag cherchait des pigistes." Elle se lance dans cette nouvelle activité, prend rapidement du grade, devient responsable du site internet et en 2008, "on me propose le poste de rédactrice en chef". Elle occupera cette fonction jusqu'en 2013. Depuis, elle a lancé La Fabrique Verticale, un site d'infos et de coaching pour les mordus de la grimpe, pros ou amateurs. "On y pensait depuis longtemps. En 2004 avec Olivier, nous avions écrit un livre sur l'entraînement d'escalade qui s'était très bien vendu. Il y avait eu une interaction avec les gens qui nous avait beaucoup plu." Des activités nouvelles, prolongement naturel d'une carrière professionnelle. Mais finalement, la pratique demeure toujours au centre : "C'est en Corse que je me suis le plus réalisée en tant que grimpeuse, confie Laurence. Nous avons beaucoup grimpé à Saint-Florent, sur des voies ouvertes par Pierre Pietri qui a fait beaucoup pour le développement de la discipline en Corse."

2016, "une sorte d'aboutissement"

La championne allait-elle longtemps s'en tenir aux montagnes insulaires ? Bien sûr que non.

Les compétiteurs ont tous dans le sang le besoin de s'imposer sans cesse de nouveaux challenges. Pour Laurence, il a pris la forme d'une voie en 8C*, quelque part en Autriche : "C'était en 2016 et un moment très important de ma vie. Je ne suis plus toute jeune et j'ai pu me prouver que, par rapport aux nouvelles générations, j'ai encore un très bon niveau en falaise. C'était une sorte d'aboutissement."

Aujourd'hui définitivement installés dans leur propre maison - "comme elle est collée à celle que nous louions, nous avons mis quatre ans pour tout déménager !" - Olivier et Laurence ont pu aménager leur intérieur comme ils le souhaitaient et surtout, créer une pièce indispensable pour eux, recouverte du sol au plafond de parois à grimper : "Elle a été conceptualisée avant tout le reste des travaux, rigole Laurence. Pour des gens comme nous, un endroit comme celui-ci est essentiel car il permet de s'entraîner le soir après le boulot, quand on n'a pas le courage d'aller jusqu'à Corte."

Aujourd'hui, l'ex-championne est une coach qui fait profiter ses élèves de son expérience passée.

Et qui observe les évolutions de sa discipline : "L'escalade est en plein boom et beaucoup de gens s'y mettent ces temps-ci. Sur le Continent, des salles ouvrent chaque semaine et ça modifie la typologie des grimpeurs."

Alors que les précédentes générations découvraient la grimpe en escaladant des arbres et des rochers, on s'y met aujourd'hui sur un mur multicolore dans une salle chauffée au sein d'un complexe sportif. "Tous ces gens qui n'escaladent qu'en intérieur manquent parfois de préparation et de connaissances quand ils veulent s'attaquer à des parois naturelles." On a vu se développer le même phénomène du côté du trail.

Désormais, Laurence Guyon transmet son savoir et ses connaissances.

Au travers de son site Web et d'ouvrages spécialisés dont le dernier, Escalade à bloc, est à paraître en mars chez Amphora.

Une belle ascension.

*Il existe une échelle de cotation en escalade qui comporte des chiffres - de 4 à 9 -
et des subdivisions - de A à C - pour chaque palier.

 Laurence et Olivier sont installés depuis vingt ans à Sermanu, leur village d'adoption, entre le ciel et les montagnes.



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