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Slaloms entre les routes amiantifères de l’intérieur

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BOZIU - VALLERUSTIE - ROGNA

Slaloms entre les routes amiantifères de l’intérieur

BARBARA IGNACIO-LUCCIONI
Le réseau secondaire est parsemé de chantiers prévus pour durer plus ou moins longtemps. Ici, la RD39 vers San Lorenzu. / PHOTO JEANNOT FILIPPI

Un perpétuel chantier à ciel ouvert. Entre les pieve du Boziu, de Rogna et de la Vallerustie, les travaux sur les ex-routes départementales voient leur durée s’allonger de mois en mois. En cause notamment : le gisement d’amiante sur lequel est assis tout le secteur. Avec le Cap Corse, c’est la région de l’île qui en contient le plus. Alors forcément, au moindre coup de pioche ou de pelle, c’est tout un arsenal de dispositifs de sécurité qui doit être déployé, sécurité sanitaire oblige, pour les ouvriers comme pour les usagers (voir encadré).

Il faut dire que l’entretien de cette partie du réseau a plusieurs décennies de retard. Et qu’il est bien plus important en Haute-Corse (2 500 km) qu’en Corse-du-Sud (2 000 km). C’est pourquoi les différentes contraintes doivent être - le plus possible - anticipées (voir par ailleurs).

Une des priorités des services techniques des routes de la CdC sur le secteur, est de mener un "programme de réhabilitation de la RD39, qui est un axe important jouant le rôle d’artère". Rejoignant la RT20 au niveau de Corte d’un côté et de Francardo de l’autre, elle traverse en demi-cercle le Boziu et la Vallerustie sur plus de 50 km de courbes étroites.

Axes fermés : un vrai casse-tête

En attendant, la population et les professionnels qui œuvrent sur la microrégion doivent s’adapter à chaque période de travaux.

Le chantier sur la RD441 (entre Sermanu et Bustanicu) bloque la circulation depuis plus de trois semaines. "La plupart des habitants de Sermanu descendent vers Corte pour travailler et ne sont pas trop embêtés, note Mathieu Strina, le maire. Cependant, le car scolaire ne peut plus venir récupérer les enfants." Pourtant, des travaux avaient déjà été réalisés sur cette route : "Ils avaient été terminés à la fin de l’été, mais l’enrochement n’avait pas été bétonné, remarque Pierre Taddei, maire de Bustanicu. Lors de la tempête Adrian, fin octobre dernier, tout s’est effondré. De nouveaux travaux ont été réalisés et cette fois ils ont été bien faits." Ce dernier espère que "certains dégâts provoqués par les intempéries de 2011" seront aussi pris en compte.

Pour ceux qui "font leur tournée" dans le secteur - facteur, boulanger, infirmier... -
c’est un détour "d’une bonne demi-heure de plus chaque jour, explique Pierre-Jean Franceschini, infirmier sur le secteur. Je suis obligé de redescendre jusqu’à la route de Feo. Lorsque je dois faire des soins sur Sermanu, c’est compliqué, mais on fait avec !"

Même difficulté pour contourner les travaux sur la RD39, entre Lanu et San Lurenzu : Daniel Chiaramonti, infirmier sur la zone, doit lui aussi faire un détour "d’une demi-heure, parfois deux fois par jour". Avec la fatigue, l’usure des pneus, de la voiture et le surcoût d’essence que cela impose.

Des travaux à répétition qui ont eu raison de la persévérance de certains professionnels et habitants. Un éleveur porcin de Sant’Andria di Boziu a été contraint de vendre ses bêtes. Aurélien Battini, jeune éleveur caprin sur Bustanicu, a fini par faire le choix de s’installer dans le Venacais. "La RD14 entre Erbaghjolu et Focicchia étant fermée, le car scolaire ne pouvait plus passer. Une famille avec deux enfants qui habitait à Erbaghjolu a dû déménager sur Corte", ajoute Simon Venturini, maire d’Alzi.

Les routes doivent être rénovées pour lutter contre la désertification et pourtant, leurs travaux - lorsqu’ils se prolongent trop longtemps -
finissent justement par l’accentuer.

Un véritable casse-tête pour les services routiers de la CdC.

Calendrier des routes en chantier

- Sur la RD441 le chantier entre Sermanu et Bustanicu devrait s’achever ces jours-ci.

- Sur la RD39 entre Lanu et San Lurenzu, il faudra encore attendre cinq bonnes semaines -
jusqu’à fin avril environ
- que se termine la phase de maçonnerie.

- Sur la RD14 qui relie Altiani à Pedicorti di Caghju, il reste également cinq semaines. Les travaux de l’hydraulique ont débuté. Ceux-ci prévoient le remplacement d’un aqueduc.

Des contraintes sanitaires lourdes

"Le site est amiantifère". Une phrase qui revient systématiquement lors de travaux routiers dans le secteur du Boziu, de Rogna et de la Vallerustie. Et pour ceux qui empruntent ces axes de l’intérieur, elle est synonyme de galères et itinéraires bis à prévoir pour plusieurs mois. Mais ce n’est pas sans raison. Si sous sa forme solide l’amiante représente peu de danger, lorsqu’il est travaillé, creusé, des microfibres s’échappent dans l’air et peuvent être hautement toxiques pour la santé de ceux qui les respirent. C’est pourquoi ces chantiers sont réalisés sous d’importantes contraintes. C’est ce qu’expliquent les services techniques des routes de la CdC : "L’amiante pose beaucoup de problèmes, même en phase d’étude. Sur les chantiers, les ouvriers doivent porter des combinaisons spéciales, et ne peuvent travailler que 2 h 30 d’affilée, deux fois par jour. Ils doivent également passer par trois sas pour se protéger des particules. Ce qui nécessite des installations complexes, très encombrantes et compliquées à déplacer. C’est pourquoi les routes concernées par ces travaux ne peuvent être ouvertes la nuit. De plus, il reste des émissions fortes de microfibres en suspension dans l’air qui seraient toxiques pour les usagers." D’autres contraintes sont à prendre en compte, dues au travail en extérieur : "Le site doit être équipé d’un forage permettant de brumiser de l’eau de manière constante. Et au moindre coup de vent, les ouvriers sont obligés de s’arrêter. Nous sommes désolés pour la gêne occasionnée, nous travaillons actuellement à améliorer la méthodologie sur ce type de chantier."



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