Office de Tourisme Pasquale Paoli

Statut particulier et richesse unique de Saint-Dominique

Presses - //

popolascapopolascapopolasca

Voir sur google Map

AU FOND DES CHŒURS...

Statut particulier et richesse unique de Saint-Dominique

MORGANE QUILICHINI

Plutôt austère à l’extérieur, la chapelle Saint-Dominique est bien plus colorée et accueillante à l’intérieur.
La richesse de la chapelle Saint-Dominique de Popolasca ne saute pas aux yeux. Vu de l’extérieur, le bâtiment serait même plutôt austère, avec ses murs crépis et son sombre clocher autrefois en pierre et aujourd’hui, lui aussi, recouvert de crépis.
Ce Missale Romanum a traversé les âges depuis les années 1780.
De nombreux vêtements liturgiques du XVIIIe et XIXe siècles sont entreposés dans la sacristie.

La configuration des lieux est un peu particulière. La chapelle - qui en est bien une, même si elle fait office d’église paroissiale - est flanquée d’un côté d’une place ombragée et de l’autre, un étage plus bas, d’un vieux bâtiment de pierre qui abrite aujourd’hui la mairie. Sur cette place, "nous allumons un feu le soir de Noël", explique Lucien Costa, maire de Popolasca depuis presque vingt ans.

Et le contraste est saisissant, dès lors que l’on pousse la grande porte en bois pour pénétrer dans le lieu de culte. À l’intérieur, tout a été refait : "Nous avons installé des cloches électriques, restauré les peintures, les portes, les statues...", énumère Lucien Costa. En tout, 18 000 ¤ ont été investis. Par qui ? Par l’association cultuelle qui assure la gestion et l’entretien des deux églises du village : Saint-Dominique et l’ancienne église ruinée Saint-Jean. "C’est le statut particulier des églises de Popolasca, résume le maire. En 1905, au moment de la séparation de l’Église et de l’État (lire par ailleurs), le transfert ne s’est pas fait ici. Depuis, les bâtiments sont gérés par une association cultuelle. Il n’y a que deux cas similaires en France."

Un système atypique, qui oblige les membres de l’association à déployer des trésors d’imagination pour faire entrer de l’argent dans la caisse. Jusque dans les années 1970, les terrains rattachés aux églises étaient loués aux enchères aux éleveurs du village. Avec la fin de cette pratique, il a fallu trouver autre chose. Ainsi, chaque 18 août, une journée de fête est organisée, avec concours de pétanque et bal. "Ce système fonctionne bien depuis 2001, dit encore le maire. Une assemblée générale est organisée chaque année, la cotisation est de 20 ¤ par personne."

Un missel de l’époque de Louis XVI

À l’intérieur de la chapelle Saint-Dominique, c’est une explosion de couleurs. Les peintures chatoyantes encadrent les statues qui accueillent le visiteur : saint Dominique, saint Pancrace, patron de Popolasca, saint Michel. "La statue de saint Pancrace a été achetée au village de Pioggiola en Balagne, raconte Lucien Costa. Cinq habitantes du village sont allées la chercher, à pied, et l’ont ramenée en la portant à tour de rôle. C’est dire si les gens étaient croyants à l’époque."

Les plus beaux trésors de Saint-Dominique, c’est dans la sacristie qu’il faut aller les chercher : "Un jour, Christian Andreani est passé et il s’est penché sur des vêtements qui étaient stockés dans un meuble de la sacristie." Appartenant à l’église en ruine Saint-Jean, ils ont été transférés à Saint-Dominique et un peu oubliés.

Pourtant, ils sont extrêmement précieux : "Ces vêtements liturgiques témoignent de la richesse passée de l’endroit et de l’importance de la commune dans la Ghjuvellina, estime Christian Andreani, président du centre culturel européen San Martinu Corsica. Ils datent sans doute de la deuxième moitié du XVIII e siècle ou du début du XIX e . Il y a une trentaine de pièces qui me semblent extrêmement intéressantes et il faudrait réaliser un inventaire détaillé."

En attendant, les pièces de tissu cousues de fil d’or ont été rangées de la meilleure manière possible pour éviter qu’elles ne s’abîment. Dans le même meuble, trône un énorme Missale Romanum à la couverture en cuir : "Il doit dater des années 1780, il a échappé à la furie révolutionnaire. Quelque part, l’abandon l’a sauvé." Ces objets de culte sont également des objets historiques, qui ont réussi à traverser les siècles et qu’il convient désormais de protéger.

La loi de 1905

La loi déclarant la séparation de l’Église et de l’État a été promulguée le 9 décembre 1905. Cette idée avait déjà été portée au XVIIIe siècle par les philosophes des Lumières, et même (brièvement) mise en pratique en 1794 par la Convention nationale, avant d’être annulée par le Concordat de 1801 qui instituait des relations officielles entre le pouvoir politique et la papauté. Avec la loi de 1905, sont créées les associations cultuelles qui ont pour but de "subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice public d'un culte". Le vote de cette loi entraînera des troubles, notamment au moment des inventaires dans les églises auxquels s’opposeront les fidèles. Des heurts éclateront et plusieurs morts seront à déplorer. Elle sera également rejetée par le Vatican et Pie X. Cette loi de séparation a instauré la laïcité dans le pays et mit fin à un processus engagé au moment de la Révolution française.



Presses

Mentions légales | Plan du site | © 2019 - Tous droits réservés

Conception Agence RSK & Agence Addicte